los carbounios : situation des gisements .

De part et d’autre de la vallée de la jonte et à une trentaine de mètres au dessus du niveau de la rivière s’ouvrent plusieurs galeries sur les versants du Causse Noir et du Causse Méjean . Cette observation incite à penser qu’à l’époque secondaire , au cours de laquelle se formèrent les lignites , les deux causses ne formaient qu’un seul ensemble et que la cassure qui est à l’origine de l’actuelle vallée se serait produite au quaternaire lors du soulèvement alpin qui aurait provoqué la disloquation du plateau caussenard originel

EXPLOITATION :

Il est difficile d’avancer une date sur les débuts de l’extraction du charbon sur le territoire de la commune de Peyreleau . les Ruthènes , tribu gauloise , fixée en ces lieux , n’en ont , semble-t’il , jamais extrait .Quant aux potiers gallo-romains dont les ateliers se trouvaient au Rozier , nous savons qu’ils utilisaient le bois pour alimenter les fours de cuisson

Le premier bail consenti , autorisant l’extraction des lignites , semble l’avoir été , en 1634 , par le seigneur d’Albignac , pour une durée de sept ans et moyennant le paiement de 60 livres par an à un certain P.GUIRAL , charbonnier de son état et habitant à Peyreleau . C’est ce mème Guiral qui avait été pressenti quelques années auparavant par ce mème seigneur d’Albignac , à la suite de la disparition du Prieur de Saint Jean des Balmes , et dont le corps aurait été précipité , à la suite de son assassinat , dans un aven du cirque de Madasse

La période durant laquelle aurait été pratiquée l’extraction du lignite serait donc d’environ trois siecles puisque nous retrouvons des traces de cette exploitation dans les années 1927 , date à laquelle un certain Odilon Curvelier du Rozier se livrait encore à cette activité

On peut toutefois affirmer que de telles exploitations ne constituaient pour les habitants qu’une activité d’appoint le plus souvent destiné à extraire la quantité de charbon nécessaire à l’obtention de la chaux à partir du calcaire chauffé dans les fours situeés à proximité des galeries de mines les plus importantes . La chaux ainsi obtenue servait essentiellement à la construction , à la réparation ou à l’agrandissement des maisons Le charbon extrait pouvait également ètre utilisé à d’autres usages , par exemple à l’alimentation et au chauffage de foyers de forge implantés à proximité ou dans les villages environnants par des maréchaux-ferrants , le pouvoir calorifique du charbon étant bien supérieur à celui du bois . le lignite le plus pur brule trés bien , mais sa forte teneur en souffre le rendait impropre à des usages domestiques tels que le chauffage car la combustion dégageait une fumée grasse et malodorante qui encrassait et corrodait la fonte des appareils de chauffage utilisés alors : poèles ou cuisinières notamment

Le charbon était vendu selon les mesures de l’ancien régime le plus souvent variables d’une commune à l’autre , mais les ordres de grandeur étaient les suivants

Pour de petites quantités prévalait la “quarte “ou “escou” qui équivalait environ à 12 Kgs

Pour les grosses quantités la mesure la plus usitée était la “charretée” qui correspondait approximativement à 500 Kgs

Pour le maréchal -ferrant il n’était nul besoin d’acheter son combustible dès l’instant qu’il installait sa forge sur un terrain lui appartenant et qui lui donnait accès à son propre lignite dont il se chargeait lui-mème de l’extraction

L’une de ces forges, sans doute la plus prospère car admirablement située, était désservie par deux chemins muletiers tracés de part et d’autre de la rivière et reliés par une passerelle de bois qui permettait de franchir le cours tumultueux de la Jonte en particulier pour le ferrage des animaux . Pour preuve les vestiges d’un trés ancien “ferradou” qui étaient encore visible sur le site au siècle dernier . Cette forge était encore en activité vers la fin des années 1870 .

LA FABRICATIN DE LA CHAUX

La seconde utilisation de la chaux concernait le chauffage des fours à chaux , et ce depuis le XVIe siècle

Les plus anciennes maisons de Peyreleau et du Rozier , le chateau supérieur , les fortifications dont on peut voir encore quelques vestiges datant des XIe et XIIe siècles mais également l’actuel chateau du TRIADOU dont la construction débuta au XVe siècle {1470 ) furent batis avec du mortier de chaux fabriqué par les mineurs - chauffourniers . Les derniers témoignages des maçons qui l’utilisèrent font état d’une chaux d’excellente qualité

LES FOURS A CHAUX

Batis à contre-pente ,en forme de cone tronqué, les fours étaient situés à proximité des galeries les plus importantes et en bordure des voies d’accés que constituaient les chemins muletiers
A la base du four se trouvait le cendrier , ouverture en forme de trapèze , qui assurait le fonctionnement en favorisant la circulation de l’air nécessaire à la combustion du charbon durant la cuisson qui durait en moyenne une dizaine de jours . La chaux vive était obtenue par cuisson de la pierre calcaire extraite de carrieres environnantes , les quantités obtenues étaient relativement faibles compte tenu de la difficulté d’extraction du lignite . En fabriquer de plus grandes quantités aurait nécessité plus de lignite à défaut d’autre combustible . Lorsque des travaux importants demandaient beaucoup de chaux c’est généralement sur les causses qu’étaient batis à la demande des fours plus importants chauffés au bois Mais le bois ne pouvait ètre la seule solution au chauffage des fours car son moindre pouvoir calorifique en aurait nécessité d’importantes quantités . Songer à faire du charbon de bois était également impossible malgré un pouvoir calorifique légèrement supérieur . Cette deuxieme possibilité sera néammoins mise en oeuvre dans les années 1940/45 pour alimenter les gazogènes en période de pénurie de carburant , lors des rationnements que le pays a connu pendant le deuxième conflit mondial , Par ailleurs les essencesdominantes dans nos forèts sont essentiellement des résineux qui ne donnent qu’un charbon de mauvaise qualité . Enfin se posait à l’époque un problème de déboisement pour libérer un maximum de terrains en vue de leur mise en culture pour faire vivre une population nombreuse .Peyreleau comptait alors 350 habitants contre 60 aujourd’hui et Le Rozier 199 habitants contre une centaine de nos jours

Cette population va donc devoir utiliser des surfaces plus importantes que de nos jours pour subsister alors mème que les villages de la vallée doivent ètre économiquement auto-suffisants : les échanges sont rares , les voies et les moyens de communication trés peu développés imposant un mode de vie en quasi-autarcie

Partout ou le relief et l’exposition le permettent , des terrasses sont construites et mises en cultures , il n’était pas alors un pouce de terre disponible qui ne soit cultivé . L’environnement était bien different de celui que nous voyions de nos jours . En témoignent les innombrables murete ( los faissos ) qui façonnent le paysage

C’est l’exode rural qui sera ensuite la principale cause de l’abandon progressif des cultures en terrasse dans les vallées Sur les Causses de vastes étendues de terre qui sont aujourd’hui remises en culture ou reboisées étaient alors utilisées pour le pacage des troupeaux . Peu de bois , donc ; le reboisement par les services de l’O.N.F ne débutera que dans les années 1920 Ainsi la forét va peu à peu reconquérir l’espace et effacer le travail séculaire de l’homme

Cette description de l’environnement tel qu’il se présentait à la fin du siecle dernier et les modifications importantes qu’il a subies , nous ramène à cette impossibilité d’utiliser du bois pour produire de la chaux et explique en partie la nécessité d’extraire le lignite

LES MINES :

Seule , la galerie d’accés était aménagé à hauteur d’homme sur une dizaine de mètres de longueur environ . Au delà la progression vers les fronts de taille n’était possible qu’en rampant . L’espace compris entre le sol et le plafond de la galerie n’excédait que trés rarement 0,50 mètres . Dans aucune des mines visitées je n’ai constaté de dénivelés , l’ouverture se situant sur les versants de la vallée à hauteur de la veine de lignite , il s’agit donc bien de galeries horizontales et non de puits . Leur longueur est variable d’une mine à l’autre et peut atteindre plusieurs dizaines de mètres . Une fois franchie la galerie d’accès on se trouve en présence d’une véritable toile d’araignée qui pénètre l’intérieur de la montagne pour atteindre la veine de lignites en différents endroits des fronts de taille . J’ai d’ailleurs constaté à mes dépens qu’il était préférable de se munir d’un fil d’ariane pour retrouver la sortie . D’une manière générale je déconseille à quiconque de s’aventurer trop avant dans ces labyrintes pour d’évidentes raisons de sécurité

Le lignite se trouve le plus souvent enserré entre les plaques rocheuses ou s’est retrouvée piégée la végétation lors de bouleversements importants du relief de la masse des causses il y a des millions d’années . Les veines de charbon ainsi constituées au cours des àges sous une formidable pression épousent l’orientation de la vallée à un niveau à peu prés constant par rapport au cours de la rivière qui coule en contre-bas

A certains endroits la fragilité du terrain a nécessité la mise en place de murs de soutènement qui sont un amalgame de blocs rocheux et de mauvais charbon qui n’a pas été extrait et qui , ici et là , fait office de support.

L’ OUTILLAGE :

Réduit et rudimentaire , il était probablement fabriué sur place dans les forges attenantes et consistait essentiellement en burins , massettes …d’une facture assez brute , divers ciseaux , pics , pelles à manche court ainsi que des barres à mine complétaient cet outillage assez sommaire ; des coins en bois sont encore visibles dans certaines galeries ou ils ont été abandonnés . Il est vraisemblable qu’ils étaient glissés et enfoncés à force entre les plaques de lignite pour les détacher les unes des autres ; ces coins pouvaient également ètre humidifiés afin d’en augmenter la pression et faciliter ainsi la cassure . aucune trace d’explosif …il eut été trés risqué d’en faire usage dans des espaces aussi réduits et instables

OUTILS DE TRANSPORT

Le charbon était amené des fronts de taille à l’air libre au moyen de “Charrétou “, sorte de chariot que les mineurs déplaçaint en les poussant sur des rails en bois et qui pouvaient transporter une cinquantaine de kilogs de charbon . Des bas-flancs faits de quelques planches de bois isolaient et protégaient le mineur qui travaillait le plus souvent en position allongée

ECLAIRAGE :

Du fait de l’absence de grisou et de poussière de charbon , l’éclairage ne nécessite pas de précautions particulieres . Jusqu’à l’pparition du carbure et du pétrole , les mineurs s’éclairaient à la lampe à huile . par la suite ils utilisèrent les lampes è carbure beaucoup plus robustes et dont la vive lueur blanche permettait une meilleure visibilité des fronts de taille ; les lampes à pétrole étaient réservés à l’éclairage des galeries d’accès et posées dans des niches aménagées à cet effet pour un maximum de stabilité mais également pour que les mineurs soient entièrement libres de leurs mouvements , notamment durant l’évacuation du charbon hors de la mine

LE TRAVAIL D’EXTRACTION :

C’était une tache des plus épuisantes et des plus malsaines . Epuisante du fait de la positin couchée qui faisait que les bras seuls travaillaient , le reste du corps étant le plus souvent immobile . Malsaine car cette immobilité dans un espace confiné , boueux et humide maintenait le mineur dans des vètements mouillés et imprégnés de boue et ce , malgré la protection sommaire d’une bache déployée au sol . On peut estimer que dans le meilleur des cas la quantité de charbon extraite en une journée ne dépassait guère 2 à 3 mètres cube dont le transport à l’extérieur de la mine nécessitait l’effort conjugué de deux hommes afin de mouvoir le “carretou ” jusqu’à l’extrémité de la galerie soit sur une distance de trent e à cinquante mètres environ selon les mines

CHAUFFAGE DES FORGES :

Nous avons vu qu’une veine de lignite se compose de deux couches superposées . La partie supérieure est constituée par le charbon le plus pur et qui , de ce fait , était destiné à la vente . La couche inférieure , moins pure , et appelée “TAP”était quant à elle , utilisée pour le chauffage des fours et des forges . Il était donc nécessaire de le trier soigneusement . Cette opération était effectuée à l’air libre à l’entrée de la mine , le charbon étant ensuite entreposée à l’abri de l’humidité , dans des abris le plus souvent en bois et à proximité des chemins carrossables lorsqu’il devait ensuite ètre convoyé au moyen de charrettes à bras ou à traction animale ou encore par des mulets , des anes ou des chevaux chaegés de bats

La proximité de carrefours importants de voies de communication était donc un préalable important au choix des sites à exploiter

Les sites d’exploitation des lignites existent en de nombreux endroits tant en Lozère qu’en Aveyron , mais ne sont plus exploités depuis la fin de la deuxieme guerre mondiale

André  Arnal  pour tout renseignement complémentaire .