Archive pour la catégorie ‘Evénements’

LE MONDE DES DEMEURES INVERSEES

Dimanche 13 avril 2008

De même que les façades des maisons dissimulent la réalité des foyers et des êtres , de même la surface de la terre et singulièrement au Pays des Grands Causses cache derrière sa bonhomie agricole ou sa sévérité désertique les ténèbres d’un monde où l’ordre ” habituel ” est modifié

C’est Le Monde des Demeures inversées ainsi appelée par les anciens Egyptiens pour désigner un univers imprévisible

Une charrue trace son sillon dans la paix des champs , qui s’engloutit brusquement dans un gouffre entrouvert

Un caillou lâché par une main enfantine dans une fissure du rocher réveille soudain des échos qui montent des Enfers

Au pied de la falaise une arcade naturelle restitue les flots que leur voyage amène du fin fond de la terre

Rêver de ces rivages , frissonner à cette étrangeté tapie que l’homme sait de sciences sûres exister au fond de ses assises ,est l’une des plus grandes sources de son génie créateur . Sur cette réalité entrevue , l’éternel Prométhée a fondé ses croyances et ses mythes ; il en a copié les formes pour en faire ses maisons et ses dieux avant que d’oublier la source de son héritage

A nous à notre tour de prospecter la réalité des sources qui ont fait de nous ce que nous sommes

LA GROTTE ET LA CRYPTE

Dans l’article “GROTTE” du dictionnaire d’histoire naturelle de d’ Orbigny, Desnoyers nous montre que ce mot grotte vient du latin CRYPTA qui désignaient primitivement ces cellules des catacombes où les premiers chrétiens déposaient les restes des martyres . L’étymologie crée donc un lien de parenté entre la grotte et la crypte . Et dans la France souterraine on constate un peu partout le mystérieux besoin de caverne qui incite les hommes à creuser des souterrains , des cryptes , des grottes artificielles , là où la géologie a empêché la nature d’y pourvoir . Si bien que le sol de France est indistinctement miné d’abîmes sauvages et de caves fabriquées .

Ici et là la science affirme que ces grands trous noirs qui participent de la réalité dont nous parlons résulteraient de l’érosion en terrain calcaire . Soit , mais il conviendrait dès lors en bonne logique , de limiter notre étude aux seuls territoires calcaires , à l’exclusion de cette moitié de la France où le substrat est formé de grès et de granit . Or nous voyons bien qu’il n’y a pas lieu de limiter notre champ d’investigation au nom des seuls critères géologiques , car , partout où l’absence de caverne est prévisible du fait de la nature des sols , l’on rencontre des hypogées et des cryptes .

LA PLUS VIEILLE AVENTURE DE L’HOMME

La conquête souterraine est une quête permanente d’un but inaccessible où mille rebondissements animent une intrigue pour lui donner les dimensions de l’Aventure

L’Odyssée et les romans de Kafka ont en commun ce thème et leur genre littéraire n’aurait pas boudé ce modèle dont la construction , en tout cas , obéit à des règles rigoureusement identiques

Chaque tentative de pénétrer plus avant le monde souterrain s’inscrit dans la durée et consiste à dépasser la barrière “infranchissable” qui a stoppé la progression de l’expédition précédente avec une inconnue qui est bien de ne jamais connaître par avance le mot FIN

Est-ce à dire qu’il s’agit là de tâches absurdes parce qu’inutiles ? Les efforts insensés qu’elle implique parfois n’ont-ils d’autre but que le plaisir de l’instant , le goût de ce grand silence minéral , la satisfaction d’errer parmi des formes à peine dévoilées et toujours fugitives . Il y a la une coquetterie , et non des moindres , de la nature qui consiste à se laisser désirer un peu à la manière d’une femme qui entretient désir et plaisir en ne découvrant sa nudité et ses charmes qu’avec une extrême délicatesse…Assurément non . Sur ces rivages où chaque pas s’imprime et se conserve , chacun ne peut éprouver qu’un sentiment de solidarité , au-delà du lien éphémère qui ne dure lui que le temps de l’action , un sentiment à la fois noble et humble , le sens de l’héritage , du partage , de l’oeuvre commune , de la tradition Plusieurs générations pour plusieurs siècles d’ effort et d’abnégation , chaque maillon de la chaîne n’ayant aucune certitude de connaître l’aboutissement de l’aventure , aucune certitude non plus qu’il existe une fin . Car , le mystère entretenu dans ce monde si particulier de la grotte est le véritable moteur de sa découverte , la conquête souterraine , dès lors qu’elle atteint des dimensions insoupçonnées , est un véritable sortilège face au quel l’homme ne peut qu’avancer parfois confronté à ses propres limites qu’il va devoir apprendre à dépasser pour à la fois affronter et découvrir l’inconnu Il se produit souvent au propre comme au figuré un véritable appel venant de l’intérieur : intérieur de la terre , intérieur de soi-même fusionnent alors en une véritable alchimie qui pourrait se décliner et se comprendre comme le besoin vital d’un retour à la matrice originelle dont , un jour , chacun est expulsé . une façon en quelque sorte de faire son deuil d’une vie antérieure ou peut- être de la retrouver . La découverte du monde souterrain n’est pas un acte anodin et nous met en présence d’un questionnement métaphysique sur la primauté de l’essentialisme par rapport à l’existentialisme . L’esprit devient alors le souffle fréquent dans la grotte , mystérieux aussi dans un monde d’archétypes , d’images ancestrales et symboliques qui , d’une part , se retrouvent à travers les mythes et légendes appartenant au fond commun de l’humanité , et d’autre part , constituent en tout individu , à côté de son inconscient personnel , l’ inconscient collectif , dont nous avons ici , et dans ce monde souterrain , des perceptions obscures

Mais ce relais que se transmettent hommes et générations a débuté , ne l’oublions pas , il y a des dizaines et des dizaines de millénaires et continue de nos jours . Qui sait quelle préoccupation pressante incita nos lointains ancêtres à se glisser parfois très loin dans les entrailles de la terre ? Instinct de survie ? Sans doute ! Mais cette motivation ne saurait expliquer un acte que d’aucuns jugeront dérisoire , mais qui , pour autant , n’est pas anodin

Toujours est-il qu’il fût le geste inaugural , il y a 50000 ans , d’une entreprise fantastique qui ne laisse pas d’animer les passions

La conquête des cavernes et la découverte du monde souterrain est bien la plus vieille aventure des hommes et elle en tire à la fois ses mérites et ses lettres de noblesse .

Son lyrisme d’abord . Car elle est source permanente d’épopée .

Peut-être n’inspira-t-elle pas les Argonautes en quête de la Toison d’or , mis c’est à coup sûr une exploration de caverne qui servit de modèle à toutes les descentes aux Enfers , à toutes les Républiques idéales , à tous les mondes singuliers de la littérature moraliste .

Cette  conquête de l’étrange a connu ses Jasons , ses Enées et ses  Siegfrieds

SAINT-JEAN-DES-BALMES

Mardi 1 avril 2008

Cette ancienne église paroissiale isolée en plein Causse Noir , à la croisée de sentiers de pays , autrefois annexe du prieuré du Rozier est accessible par la route départementale n° 39 au départ de Peyreleau.

Nul ne restera insensible à son charme qui se cache , non sans une certaine coquetterie , dans la solitude d’un amphithéâtre parmi les pins et les buis où elle se dévoile soudain sur fonds de rochers dolomitiques habillés d’un humble manteau de pins et de buis , immuable verdure qui souligne d’un trait sévère l’austérité du site propice à la méditation.

On vient à Saint-Jean-des-Balmes d’abord pour la poésie des lieux qui ne consentent à changer de parure que pour ceindre l’écharpe de sa majesté Hiver lorsque Dame Nature, tel un Magicien des Couleurs , imprime sur un film en noir et blanc toute la magnificence d’un lointain passé toujours omniprésent.

PEUPLEMENT :

Sorte de camp retranché habité par les peuplades primitives de la plus haute antiquité comme en témoignent des fragments de poteries dites celtiques , puis après les Gaulois , les Romains ont laissé des tuiles à rebord et également des poteries sammiennes

De grandes urnes découvertes dans trois stations romaines des environs dénotent la présence de stations de résiniers qui consistaient à extraire par combustion la poix des résineux était utilisée à différents usages : éclairage , calfatage des bateaux dans les ports de Sête et de Narbonne , luminaires des églises et chapelles , médicaments , etc .

Les brulâdes sont nombreuses qui se repèrent encore de nos jours à de larges cercles de teinte noiratres et vierges de végétation , la terre brulée ayant été rendue infertile du fait de la chaleur dégagée par la combustion

Le principe consistait à superposer deux urnes de grandes dimensions , l’une étant enfouie dans le sol et recouverte d’une grille , l’autre lui était superposée et donc au dessus du niveau du sol . Pour avoir une idée du dispositif imaginez deux pots de fleurs par exemple , coniques , de un mètre de hauteur et de quatre- vingt centimètres de diamètre et posés l’un sur l’autre .Celui du haut était troué au sommet pour l’échappement des gaz de combustion afin d’éviter la détérioration de l’ensemble du dispositif . Dans l’urne du haut étaient rassemblées les ramures de résineux ( pins sylvestres ) L’étanchéité du dispositif était assurée par un joint d’argile entre les deux urnes afin d’éviter les déperditions de chaleur . une brulâde était alors organisée autour du dispositif jusqu’à ce que la résine contenue dans les ramures fonde sous l’effet de la chaleur et s’écoule dans l’urne du bas à travers la grille qui faisait office de filtre des déchets de combustion

Carrefour de voies anciennes :

C’est à Saint-Jean-des-Balmesque se croisaient le chemin de Meyrueis à Millau et le chemin de l’Auvergne et le Causse de Sévérac auxCévennes par Mostuéjouls et PEYRELEAU

Le premier de ses chemins longe le bord septentrional du Causse noir, le sesond de l’Auvergne aux Pays transcévennols franchissait le Tarn à la barque du Rozier et la Jonte au pont de “CALLUC” 80muletsuniquement affectés au transport des marchandises étaient stationnés à Peyreleau

L’influence et les aides accordées par les seigneurs locaux ainsi que les fonds royaux permettaient d’entretenir ces voies de communication “les habitants de ces contrées au sol fort ingrat vivaient essentiellement de commerce ( procès-verbaux de l’Assemblée de Haute Guyenne 1780/1782 )

Ces chemins étaient empruntés par les dominateurs du Causse Noir : les ROUTIERS 1376/1379 , les protestants 1568 et plus tard les troupes du Duc de Rohan

Une autre invasion plus redoutable encore parce que permanente était celle des vagabonds et des mendiants dans ces déserts du Causse Noir où les habitants des fermes et maisons isolées vivaient dans la crainte de cette misère et nourrissaient ceux qui se présentaient souvent durant toute une journée avant de les congédier non sans leur avoir donner au préalable un gros morceau de pain

Il n’était pas rare alors que les femmes seules soient victimes de larçins

Dès lors dit notre historien A . MONTEIL dans sa “description de l’Aveyron ,” on ne doit pas être surpris que la main de la charité s’ouvre aussi facilement dans ce Pays”

UN ERMITAGE PRECEDA L’EGLISE

des vestiges situés a proximité et notamment un escalier taillé dans la roche ainsi que des ruines semblent corroborer cette hypothèse

LEGENDE RELATIVE A LA CONSTRUCTION DE L’EGLISE :

“les habitants des Balmes voulaient construire une église qui s’écroula par deux fois aussitôt construite , les bâtisseurs firent appel à un charroi et décidèrent dere-construire une troisième fois sur le lieu même où les boeufs s’arrêteraient . ce qui fut fait et lors du creusement des fondations on découvrit à l’endroit précis la sépulture du Saint ; dès lors tout s’expliqua et l’édifice reconstruit une troisième fois défie encore les siècles”

LES BALMES :

Mais d’où vient le nom des BALMES ?

-de Baoumes qui se trouvent à proximité ?

- d’un mas appelé “les Balmes”

Probablement des deux ! L’occitan BAUMA-BALMA signifie grotte , abri sous roche

APERCU DE LA GEOLOGIE DES GRANDS CAUSSES

Mardi 4 décembre 2007

Quatre grandes catégories de roches caractérisent les grands Causse

-LES ROCHES SEDIMENTAIRES

-LES ROCHES PLUTONIQUES

-LES ROCHES VOLCANIQUES

-LES ROCHES METAMORPHIQUES

L’aspect fondamental des paysages est lié aux phénomènes d’érosion , dont les processus - altération ,ravinement , transport des matériaux -se succèdent sous l’action des agents atmosphériques : pluie , glace , et leur conséquence , le ruissellement ; ils s’exercent sur des roches dont les caractéristiques , physiques , chiques et structurales sont très variés , et il en résulte donc une grande variété de formes . L’altération de ces roches aboutit d’abord à la formation des sols dont les caractéristiques sont intimement liées à leur nature , et déterminent l’identité du couvert végétal naturel et son potentiel agricole ; le ruissellement et le ravinement s’exercent principalement sur ces sols , mis aussi sur la roche en place , dénudée lorsque le sol disparait L’action mécanique et chimique du systéme racinaire du couvert végétal contribue également à l’altération et au fractionnement des roches . L’action de l’homme est lui- mème un facteur d’érosion lorsqu’il modifie le couvert végétal . Lactivité de l’érosion a comme corollaire le dépot des matériaux véhiculés sous forme d’alluvions : c’est la SEDIMENTATION , qui prend place après un transport plus ou moins long , et un tri sélectif des matériaux en fonction de facteurs physiques ou chimiques : taille des particules , agitation du support aqueux , mise en solution , précipitation ou floculation .

LES ROCHES SEDIMENTAIRES  :  les types en sont les calcaires des Causses et lesgrès du Rougier Ces roches déposées en milieu aqueux , marin , lacustre ou fluviatile provennent du démantèlement d’une chaine de montagnes antérieure  : sables , boues carbonatées et argiles , ensuite compactées et indurées  Ces roches sédimentaires renferment souvent des restes et des empreintes d’organimes animaux et végétaux , contmporains de leurs dépots  :  LES FOSSILES , dont l’identification permet la datation relative des coches (ou strates) qui les contiennent

LES ROCHES PLUTONIQUES  : le type en est le granite , produit de la cristallisation par refroidissement des  MAGMAS liquides pateux de très haute température , élaborés à partir du réchauffement , de la fusion et de l’ homogénéisation en profondeur de roches variées  .  Elles sont constituées principalement de cristaux de  FELDSPATHS , aluminosilicates de calcium , de potassium et de sodium , de  MICAS , aluminosilicates de fer et de magnésium , et de  QUARTZ , oxyde de silicium (silice)  En s’altérant sous l’action des agents atmosphériques les silicates se transforment en argiles , leur fraction carbonatée et magnésienne est dissoute et transportée dans les eaux courantes pour se déposer sous forme de calcaires ou de dolomies , le quartzest libéré sous forme de sable siliceux  :  chacun de ces constituants fournit donc la matière première des grandes catégories de roches sédimentaires

LES ROCHES VOLCANIQUES  : ( basalte) s’élaborent sous forme pateuse sur les magmas plutoniques , sont éjectées et s’épanchent en surface en fonction de leur composition chimique

LES ROCHES METAMORPHIQUES  : elles sont le produit de la transformation , sous l’influence de la température et de la pressionqui règnent en profondeur , de tous les types précédents; ; si la pression est orientée et la température modérée (à faible profondeur) il se forme des roches feuilletés  schistes , micaschiste et gneiss ; si la pression est homogène et la température élevée (grande profondeur) on obtient des “MIGMATITES” dont l’évolution ultime est le granite ; Les argiles et les carbonates reconstituent des feldspaths     , le quartz recristallise , et les proportions des uns et des autres déterminent la nature exacte de la roche métamorphique , tels les schistes et les gneiss

LES ELEMENTS CHIMIQUES TRANSITENT donc à travers différents minéraux , en fonction des cycles qui résument les transformations de l’écorce terrestre  : altération-sédimentation-métamorphisme-granitisation  !