“L’enquète sur les commodités du Rouergue en 1552 “par J. Bousquet et “le Journal des Voyages en Haute-Guienne” de J.F.Henry de Richeprey ainsi que les minutes de notaires et de nombreux documents d’archives tant familiaux que communaux , dont certains du XVIe siècle , m’ont permis tout au long de minutieuses et passionnantes recherches corroborées par les archives départementales et nationales de retrouver certains aspects de la vie autrefois que les us et coutumes des anciennes provinces du Rouergue et du Gévaudan
En Droit coutumier :ensemble de règles juridiques établies par l’usage , la traditon et aynt force de loi (l’ancienne France était divisée en ” pays coutumiers” , au Nord , et en “pays de droit écrit ou romain” , au Sud
Rédigées au XVe siecle , les anciennes coutumes édictées étaient à l’origine un ensemble de dispositions sociales
LE SYSTEME FEODAL : LES INSTITUTIONS ET LES REDEVANCES
-LA SEIGNEURIE : Conditions de la propriété : la tenure .
Le seigneur était considéré comme étant propriétaire de tout immeuble , bati ou non bati ,existant dans la limite de sa juridiction , Ceux qui habitaient ses immeubles ou qui cultivaient ses terres étaient ” tenancires perpétuels ” à la condition toutefois qu’ils s’acquittent des redevances fixées par les reconnaissanses attachées à chaque bien .Le tenancier pouvait louer , vendre , apporter en dot lesdits biens , y compris sans l’assentiment du seigneur propriétaire , mais à la condition toutefois de préciser expressement au nouveau “tenancier” les obligations qu’il aurait à respecter vis à vis du seigneur
Tel était le pricipe intangible de la “tenure” appelée également “pagésie”
REDEVANCES DUES AU SEIGNEUR :
-Le cens (ou censive) : cette redevance annuelle due par le tenancier pour les biens qu’il tenait directement du seigneur était la marque imprescriptible et insaisissable de la terre roturière
Elle consistait généralement en livraison de produits : grains , volailles ….des biens en tenure et , plus rarement en numéraires
Cette charge n’était généralement pas très lourde ; souvent mème symbolique : un quart de poulet par an ou deux truites d’un pan de long (la tète et la queue non comprise , était-il précisé )
Exceptionnellement , s’agissant de produits qui n’étaient pas cultivés ou récoltés localement , l’usage admettait que leur provenance soit extérieure aux terres exploitées au titre de la tenure , par exemple les épices .
-Les quatre cas : les preneurs ou tenanciers pouvaient dans certains cas ètre tenus à ce qu’il était convenu d’appeler ” les quatre cas ” et devaient alors payer double censive annuelle :
Ceci se produisait lors de circonstances suivantes :
-lors de la capture du seigneur par l’ennemi qui exigeait une rançon pour la remise en liberté ,
-lorsqu’il effectuait le voyage en TerreSainte
-lors de sa promotiion à la chevalerie
-lorsqu’il mariait l’une de ses filles
Mais si deux de ces cas se produisaient dans le cours d’une mème année , ce doublement de censive ne pouvait ètre exigé qu’une seule fois
Dans certaines seigneuries , aux quatre cas précédents pouvaient en ètre ajoutés deux autres :
-la convocation du seigneur à l’arrière-ban , pour le service du roi ,
-l’achat par le seigneur de terres pour un montant évalué à plus de trois cents livres
LE CHAMPART :
-Il s’agissait de la part de récolte prélevée par le seigneur sur certaines terres , généralement un cinquième ou QUINT , on parlait alors de terre quintive en vieux français
Parfois elle n’était que du sixième , mais elle pouvait atteindre du quart et représentait donc une charge très lourde , mais son application n’était ni constante , ni générale mais soumise au bon vouloir du seigneur qui , le cas échéant , pouvait la supprimer et la remplacer par une prestation fixe
Si , au cours des siècles , nombre d’archives ont été détruites , c’est souvent en mileu rural que l’on peut encore de nos jours des documents fort interessants et qui par ce qu’ils avaient été “mis à l’abri” ont échappé aux déprédations de toute sorte et ont pu ainsi parvenir jusqu’à nous
Le souvenir de vieilles malles abandonnées dans des greniers de la ferme familiale ou nous avions l’habitude de jouer , étant enfants , est toujours resté très présent à ma mémoire , et lorsque bien des années plus tard la curiosité m ‘incita à voir de plus près ce dont il s’agissait , je compris dans l’instant que les documents entassés là , sans ordre apparent et pour certains d’une grande vétusté étaient tout, sauf anodin
Je m’enquis alors auprés de mon oncle des raisons de la présence en ces lieux de toute cette “littérature” et je compris alors le funeste destin qui lui était réservé à plus ou moins brève échéance , ce qui m’apparut alors d’une coupable incongruité , venant de mon oncle que je vénérais et dont je savais qu’il était un esprit fin et averti
Il ne fit aucune difficulté pour me léguer à la fois les malles et leur contenu , étant vaguement entendu ,mais de manière très informelle , que je les rendrais à leur sommeil séculaire , après avoir consulté quelques documents
Il régnait , pour moi , autour de ces “vieilleries” un indéfinissable parfum de mystère que l’odeur de moisissure ne faisait qu’accentuer ; par ailleurs je compris que l’occasion ne se représenterait pas de “sauver ” des flammes ce qui m’apparaissait déjà ètre un fabuleux butin
C’est ainsi que je me trouvais en possession de plusieurs milliers de lettres , parchemins , livres de compte , livres officiels pour certains extrèmement rares tel cet exemplaire du Code civil imprimé en 1805 , après que le texte en eut été discuté en Conseil d’Etat par BONAPARTE , CAMBACERES et LEBRUN respectivement pemier , second et troisième consuls
Par ailleurs , les découpages administratifs ayant beaucoup varié au cours de l’Histoire de notre Pays , les documents ne sont pas tous conservés en un seul et mème lieu ; de plus à l’époque ou la centralisation était la règle , les Archives Nationales ainsi que de Grandes Bibliothèques sont riches en documentation sur notre Région ;enfin un certain nombre de chercheurs , notamment dans le domaine de l’archéologie et de la préhistoire , ont fait don de leurs collections à certains musées ou l’on ne peut d’ailleurs que regretter qu’elles ne soient pas traitées avec les égards dues à leur importance scientifique
Ceci pour dire que reconstituer l’histoire de notre Région n’est pas une mince affaire et peut malheureusement comporter bien des lacunes .
QUELLES SONT LES COMMUNAUTES ETUDIEES ?
Essentiellement les seigneuries de Peyrelade , Peyreleau , Caylus , Capluc , , toutes quatre présentant des caractéristiques communes avec des terres à la fois sur les Causses et dans les vallées
L ‘ AGRICULTURE :
La région est essentiellement agricole . Le statut général régissant les biens immobiliers étaient celui de la” tenure ” ou “pagésie “
Si les hommes étaient libres ( ce qui n’était pas toujours le cas) tous les biens étaient réputés relever du seigneur . Les exploitants les ” tenaient ” de celui-ci , à qui ils faisaient ” reconnaissance ” . Ils lui devaient un ” cens ” souvent symbolique et , en général , une part de récolte
Dans le cours des temps , les seigneurs donnaient à bail l’ ensemble des droits dont ils disposaient .Les paysans avaient alors souvent , affaire avec des fermiers plus apres au gain que les seigneurs .
L’exploitant devait donner à l’Eglise la onzième part de ses productions . Les contrats de cette espèce nous renseignent d’une façon précise sur la nature et l’importance de la récolte pour une année donnée .
L ‘ ELEVAGE :
C’était un élément essentiel pour la vie des exploitations et qui constituait une source de revenus indispensable à l’économie
L’importance du troupeau était l’un des éléments importants de la propriété et donnaient une certaine valeur aux terres dites incultes qui ne pouvaient ètre utilisées que comme parcours à moutons , sur les plateaux et sur de grandes étendues qui ne pouvaient ètre mises en valeur autrement ;l ‘absence de machinisme ne permettait pas de valoriser de grandes étendues par la culture qui était réservée à des dépressions naturelles appelées schots ou dolines qui ,seules, comportaient un minimum de terres arables
Le “carnelage” prix payé pour les peaux aux mégissiers permet de se faire une idée du cheptel . Les contrats conclus alors nous renseignent également sur le produit des bètes de boucherie ainsi que du fromage aujourd’hui connu sous l ‘ A.O.C ROQUEFORT bien qu’à l’origine il fut fabriqué , traité dans d’autres caves qui réunissaient des conditions de maturation sinon analogues du moins très proches . PLINE ne faisait-il pas en son temps l’éloge d’un fromage fameux et très apprécié bien qu’il ne porta pas cette mème appellation !?
A certaines périodes , ou la population avait été clairsemée par la guerre ou les épidémies , les seigneurs manquant de main d’oeuvre étaient obligés de renoncer à l’exploitation directe de leurs terres ; ils tentaient alors d’y intérésser les paysans en leur consentant des baux avantageux , souvent mème en “franchise” , c’est à dire sans redevances ; le but recherché étant de faire fructifier leur bien et de maintenir les terres en bon état de productivité et de les enrichir grace à la fumure des troupeaux qui constituait un excellent engrais naturel qui facilitait ensuite la mise en culture et donc la valorisation des sols
Droits de lods : Imposition exceptionnelle due au seigneur lorsque le bien “tenu” changeait de main , et ce quelle qu’en soit la raison :vente , décès , dot …le taux était de 8 à10 pour cent de la valeur du bien
Autres droits : Le seigneur percevait également :
- des redevances pour l’utilisation du moulin ou la population était tenue de faire moudre son grain , sous peine d’ètre soumise à une amende
- des redevances pour l’utilisation du four banal , seul autorisé , sauf pour des particuliers qui habitaient dans les “écarts” , auquel cas ils étaient à avoir leur propre four pour lequel ils payaient aussi une redevance
-des redevances pour avoir l’autorisation de couper du bois et de faire du charbon de bois
En outre le seigneur percevait :
-des droits de péage pour l’utilisation de certaines routes et ponts et antérieurement à la constructiion des ponts , des bacs qui permettaient de franchir les rivières à des endroits stratégiques . Ainsi nous savons par des actes conservés aux archives ou par exemple au Cartulaire d’Aniane que lors de la fondation du ROZIER qui s’appelait encore ENTRAYGUES en 1075 , ce sont les moines bénédictins qui étaient chargés du bon fonctionnement du BAC établi au lieu dit”La Barque” et qui permettait de faire la jonction entre la rive gauche et la rive droite du TARN sur le passage d’une très ancienne voie qui reliait le Causse Noir au Causse de Sauveterre et donc le Languedoc à l’Aubrac , régions entre lesquelles les échanges étaient très fréquents . Des traces datant de l’occupation romaine sont encore visibles , rive gauche dans le ravin de la “ROUVIERE” et rive droite à Combaurie , Liaucous et Mostuèjouls .
Or des textes nous indiquent que les d’Albignac alors seigneurs à Peyreleau estimant que les moines mettaient une certaine négligeance à s’acquitter de cette tache et s’octroyèrent une contre-partie , en l’occurence un domaine qui appartenait alors aux moines et sur lequel ils constuisirent le chateau de”TRIADOU”
-Les droits de leude faisaient également partie des prérogatives du seigneur qui percevait une “taxe”sur les marchandises vendues en foires et marchés . Or nous savons que PEYRELEAU a connu jusqu’à quatre foires dans l’année , et ce dès le Moyen-Age , donc , mème si nous n’en trouvons pas trace dans les documents que nous avons pu consulter , il est fort probable que les seigneurs à Peyreleau avaient là une source supplémentaire de revenus
De mème SIMON d’Albignac , tout seigneur qu’il était , savait manoeuvrer habilement , tant en affaires qu’en négociations . Les démèlés qui l’opposérent à d’autres seigneurs de la région qu’il s’agisse des .. de Capluc , de Mostuèjouls, de Granger de Montméjean dont les domaines étaient limitrophes , attestent de fréquentes querelles de voisinage et de non moins fréquents conflits d’intérèts
En pratique la perception de toutes les redevances était assurée par un” fermier” à qui le seigneur les arrentait pour des périodes variables de 2 à 7 ans
LES CORVEES :
C’était un suget de mécontentement pour tous les paysans qui étaient tenus de rendre certains services au seigneur sans pouvoir pour autant prétendre à rémunération ou contre-partie Il semble toutefois que les corvées aient pu ètre remplacées par une redevance lorsqu’elles ne consistaient pas en travaux dont la durée était variable en fonction des moyens que le paysan pouvait mettre à disposition : par exemple un attelage équivalait à deux journées de corvée …
LES OBLIGATIONS MILITAIRES :
Nous n’avons que peu d’indications sur la nature du service militaire au quel étaient astreints les paysans , mais il semble que leurs obligations étaient tès limitées et ne revétaient aucun caractère permanent . En effet , les paysans n’avaient aucune formation militaire et le maniement des armes ne pouvaient pour eux qu’ètre occasionnel . C’est donc sans doute sur réquisition pour des opérations ponctuelles qu’il pouvait éventuellement ètre fait appel à leur service .Toutefois si certaines actions se déroulaient en dehors du mandement ou de la juridiction elles s’apparentaientà du”service actif” pouvant entrainer le vassal hors de chez lui , il était alors convenu que ces opérations étaient faites aux frais du seigneur
L’éventualité du passage dans la région de bandes suceptibles de se livrer à des excactions ou à des pillages pouvait justifier une réquisition
Nous savons par contre que les postes de guet et portes d’entrées des fortifications qui protégeaient le chateau étaient gardées . Il s’agissait dans ce cas de chateaux dits “de villages” ou “stratégiques” C’était le cas du chateau dit “supérieur” de Peyreleau à ne pas confondre avec le “TRIADOU” actuel qui , lui, est plus récent . Le chateau supérieur de Peyreleau était construit “à cru” sur la butte qui supporte l’actuelle tour de l’horloge . Laquelle tour a été construite en 1670 sur l’emplacement du chateau féodal qui existait encore en 1427 .
Ainsi des titres antérieurs à cette date faisaient promettre “à tous les vassaux et sugets de venir faire guet et garde audit chateau toutes et quantes fois qu’il sera nécessaire et que de ce ils seront requis”
LES ETAPES :
Certaines communautés villageoises se plaignaient de l’obligation ou elles se trouvaient de fournir le vivre et le coucher aux troupes faisant etape chez elles , et en outre des inconvénients de tous ordres pouvant résulter du séjour de troupes mal encadrés et à la discpline souvent aléatoire .
L’EGLISE :
Le role spirituel de l’église à cette époque sera l’objet d’une étude spéciale mai s examinons pour l’heure l’aspect temporel des relations des communautés civiles et religieuses
-Le bénéfice :
A l’époque que nous étudions le titulaire du prieuré était désigné par l’abbé qui avait en charge la paroisse après accord du prieur de l’abbaye d’Aniane qui avait été pressnti par l’évèque de MENDE qui lui conférait l’institution canonique
Le prieur qui appartenait à l’abbaye d’ENTRAYGUES était distinct du prètre qui résidait à Entraygues , paroisse dont il assurait lui-mème le service . Ce prieur par sa désignation jouissait du “bénéfice” dont nous allons voir en quoi il consistait , mais signalons auparavant qu’après 1777 et le décret de l’évèque portant extinction de la conventualité du ROZIER , le prieuré tomba en commende sous l’autorité , pour un temps , du roi
LE ROZIER FONDE EN 1075 :
Phillipe 1er règne en Ile- de- France , depuis 1060 ; Guillaume , duc de Normandie vient de concquérir l’ Angleterre et de s’en proclamer roi (1066) ; le grand pape GrégoireVII , monté sue le trone pontifical en 1073 , s’apprète à réformer l’Eglise , en combattant la simonie ou trafic des dignités ecclésiastiques , non moins que le nicolaisme ou concubinage des prètres Aldebert 1er est toujours évèque de Mende : il va couronner sa carrière par une ultime fondation : celle du ROZIER qui va s’implanter au confluent du Tarn et de la Jonte , au lieu dit ENTRAYGUES “entre les eaux ” des deux rivières .
C’est ANIANE , qui , cette fois est choisie de préférence à Saint Chaffre et à Saint Victor :Aniane est une abbaye bénédictine du diocèse de Maguelone .
Mais pourquoi ce lieu plutot qu’un autre pour installer un monastère ?
Il ya , à mon avis , deux raisons à ce choix :
Entraygues est situé sur un lieu de passage des communications qui , à cette époque , se faisaient essentiellement dans l’axe Nord Sud ou à l’inverse Sud Nord comme nous l’avons indiqué précédemment . De plus la confluence de deux rivières , le Tarn et la Jonte , était en quelque sorte un lieue de passage obligé eu égard à l’élargissement de la vallée et donc à des pentes plus douces de part et d’autre
D’autre part Entraygues était situé très exactement à l’extrème pointe occidentale du Gévaudan sur lequel s’exerçait le pouvoir temporel des évèques de Mende qu’il convenait de protéger notamment vis à vis des influences seigneuriales très présentes sur ces territoires .
Maitrise et surveillance d’un lieu stratégique sont vraisemblablement parmi les éléments déterminants du choix de l’implantation d’une abbaye
Dans la donation préliminaire de 1060 comme dans l’acte définitif de 1075 , tous les seigneurs du voisinage firent assaut de générosité : mas , métairies , moulin , vignes , parts de dimes … furent apportés pour constituer le domaine à partir du quel , dès 1061 , un prieur et six moines allaient pouvoir commodémment batir un monastère , dans un champ concédé par les seigneurs d’Albignac et appellé ” CAMPUS ROSARIUM “
C’est là que les moines bénédictins dont la vie était régie par la règle de Saint Benoit selon la quelle chaque monastère devait subvenir par leurs seuls moyens à leur propre subsistance agrandirent leur domaine par l’achat , alentour , de divers droits sur “les hommes et les mas” , les jardins et les vignes , les champs “cultes ou incultes” qu’ils mirent en valeur
Ils achetèrent mème ou batirent plusieurs églises ainsi que , en 1158 et1160 , les décimes du hameau du LUC , aujourd’hui CAPLUC qui fut le premier lieu d’implantation de la communauté à l’origine du ROZIER
Nous avons les noms des six premiers moines qui s’installèrent au Rozier ou entre autres sources de revenus , ils cultivaient les roses , ce qui , on l’aura compris , donna son nom au village duRozier . Si tel ou tel venait d’Aniane , plusieurs étaient les fils ou les frères des nobles chevaliers donateurs des vallées du Tarn et de la Jonte qu’ils mirent en valeur tout en se lançant allègrement dans la grande aventure spirituelle . Le prieur du Rozier allait dès lors , assisté de ses moines , desservir les paroisses escarpés des Causses deCapluc à Saint Pierre d’Estripiés , Saint Rome de Dolan , Saint Jean des Balmes … , avec l’appui de tous ces gentishommes de l’endroit qui de Mostuèjouls , Liaucoux , Peyreleau… en terre aveyronnaise , avaient jurer de ne point les troubler dans leurs droits Ainsi , CAPLUC , a vu oeuvrer là-bas dans les vallées mais aussi sur les pentes abruptes , construteurs d’églises , défricheurs de landes incultes , édificateurs de laisses , exploitants de la moindre parcelle naturelle ou soutenue par des murs de pierres “los faissos”qui délimitaient les moindres lopins de terre
Rochers, rocher de Capluc, disait Alexis Solanet , ce poète en prose , “les temps et les hommes passent à vos pieds comme une onde fugitive . Vous ignorez sans doute cette fureur de changement qui les emporte ; vous dédaignez cette fureur de changement qui les emporte ;vous dédaignez et dans votre sérénité immuable vous condamnez … Peut ètre aussi vous pardonnez !”. Ils changent et passeront eux aussi , comme la terre , ces rochers aux mémoires silencieuses .Mais leur impatience de vivre est moins grande et le cours de leur destin moins rapide que le notre Le millénaire qui nous sépare des premiers moines batisseurs de ce monastère du Rozier , c’est beaucoup dans l’histoire de notre civilisation , mais si peu à l’échelle du temps
Plus d’un millénaire après et bien que leur oeuvre ait été continuée par les générations suivantes , quelle que soit l’époque exacte au cours de la quelle ont été réalisés ces travaux qui pourraient paraitre de nos jours dérisoires , on ne peut ètre que confondus d’incrédulité et d’admiration devant la foi qui devait animer ces hommes
Rigal , Radulphe , Ricard ,Raymond et Pierre indemnisaient les nombreux propriétaires au prorata de leurs parts
Il ne faut point s’étonner de voir ces gentilshommes céder ou vendre leurs droits , mème contre une mule , sur des églises qu’ils avaient construites eux ou leurs ancètres et souvent dotées , dont ils avaient gardé , en principe , le droit de désigner le desservant .
les Bénédictins d’Aniane avaient été précédé en ces lieux par des potiers gallo-romains qui avaient installé là des ateliers annexes à ceux de la Graufesenque (cf le site du Rozier http://www.le-rozier eu org ) pour plus de précisions
CAPLUC dérivée du latin Caput Lucis signifie Tète de lumiere car c’est le premier rocher éclairé par les rayons du soleil levant
Au Moyen-Age ce rocher supportait une forteresse qui dominait à la fois les Gorges du Tarn et de la Jonte
La première plate-forme qui était l’assise du chateau comporte encore les bases des murs d’enceinte ainsi que , creusée à mème le rocher , une citerne qui fut la réserve d’eau du chateau ; cette excavation qui pouvait contenir de 15 à20 métres cube d’eau était , ily a peu de temps encore, recouverte d’une voute romane . Des fouilles pratiquées au bas de la cavité révélèrent des vestiges datant de l’époque gallo-romaine Un lieu de culte paien y a également laissé des empreintes
Est également visible un abri sous roche aménagé et qui fut occupé par des prètres insermentés qui avaient trouvé là ainsi que dans de nombreuses autres cavités naturelles situés dans les falaises environnantes des lieux d’asile et de refuge
On peut voir également sur cette mème plate-forme l’ébauche de plusieurs sépultures creusées à mème le rocher et qui n’ont pas été terminées
Une excavation naturelle servait de poste de garde et d’alerte en cas d’attaque
On sait que cette forteresse fut l’objet de maintes attaques notamment de la part d’une coalition des d’Albignac et des Mostuèjouls , ces derniers prétendant avoir des droits sur Capluc ce qui s’averra exact , la branche de Liaucoux ayant la garde de la forteresse , deux mois durant chaque année .
Une chapelle romane de type bysantin , malheureusement dégradé , comportait des fresques qui n’ ont pas résisté aux outrages du temps , mais dont il demeurait encore quelques vestiges il y a un 1/2 siècle
La forteresse de Capluc occupait un lieu stratégique par rapport à la vallée mais également sur un lieu de passage obligé à la jonction des Causses Méjean et Noir
Capluc controlait notamment le passage du Causse Méjean au Causse Noir par la cote Saint Jean et le ravin de Malbouche
Mais revenons un instant au role de l’église pour étudier
LES REDEVANCES PAYEES AU “BENEFICIAIRE ” DE LA PAROISSE
Ils’agissait essentiellement , mais pas exclusivement , de la dime prélevée sur les récoltes de céréales ou de légumes secs ainsi que sur les produits de l’élevage
Le récoltant , propriétaire ou locataire , devait , avant de rentrer les gerbes , les présenter au “décimateur” qui retenait une gerbe sur onze , laissant les dix autres au récoltant . Il s’agissait là d’une imposition sugette à des controles afin que certaines gerbes plus grosses ne soient pas soustraites au prélèvement
Une fois cette imposition prélevée divers procédés etaient en usage pour la part qui revenait à l’abbaye -1 : l’abbaye pouvait enlever directement sa part qu’elle faisait alors battre à son compte avant de transporter les graines au marché , les vendre et en encaisser directement le produit -2 : l’abbaye pouvait confier à un fermier la charge de faire la “levée” , de battre le blé et d’en assurer la vente contre rétribution à ce dernier qui , en outre prenait à sa charge les frais de transport -3 : les frais de transport étaient à la charge de l’abbaye et dans ce cas il en était tenu compte lors de la transaction -4 : l’abbaye retenait un “fermier principal” qui s’engageait à régler par avance une somme d’argent dont le montant était convenu préalablement . Souvent arrétées pour plusieurs années ces dispositions impliquaient que soit apprécié le rendement moyen du territoire dimé . Puis ce fermier traitait avec un “sous-rentier”qui , pour une récolte seulement et au vu de la récolte”pendante” , s’engageait à remettre au premier une certaine quantité de grain que celui-ci devait faire enlever à ses frais ; la quantité qui donnait lieu à la transactionétait soit évaluée et exprimée en setiers ou bien , dans les années de mauvaise récolte en pourcentage de la récolte , en général le treizième
Selon ces dispositions et en supposant une récolte égale à………………………………………………………………………….143 gerbes le récoltant en conservait 10/11 soit…………………………………………………………………………………………………………..130 gerbes le sous-rentier avait pour sa part , et pour la levée et le battage…………………………………………………………………….2 gerbes quant au fermier principal , il se voyait remettre : 1/13 de la récolte , soit ………………………………………………….11 gerbes
et celui-ci versait à l’abbaye une somme d’argent amputée des frais qu’il avait engagés , pour le tansport , la vente ,et bien entendu son propre bénéfice
Aussi , l’intervention de deux intermédiaires n’était supportabble , pour l’abbaye , qu’en période de récoltes abondantes
Or les différences observées d’une année à l’autre pouvaientètre importantes compte tenu de facteurs imprévisibles tels que les variations climatiques , les troubles qui pouvaient survenir suite à l’instabilité politique , les guerres , les conflits ….
Il était donc très difficile pour ne pas dire impossible de faire des prévisions fiables à court et moyen terme , et de ce fait l’avenir était très incertain , la règle étant le plus souvent la vie au jour le jour avec tout ce que celà comporte de situations aléatoires et , par là , de précarité .
PREMICES OU NOVALES :
La mise en culture d’une terre gagnée sur une zone inculte valait au prieur un “don gratuit” accordé par le seigneur .
CARNENQ :
La dime du carnelage ou carnenq était également perçue par le prieur sur le produit de l’élevage -troupeaux ovins - mais aussi sur la volaille ou encore sur le produit des ruches . Sur ce dernier point nous savons par divers actes qu’ un rucher n’était jamais vendu , mais que , en cas de nécessités , l’entretien pouvait en ètre confié à un tiers moyennant un partage à l’amiable de la récolte de miel , de cire … la vente du rucher n’étant pas dans les usages , on peut lire qu’une telle transaction aurait eu des effets néfastes sur l’élevage . Nous entrons là, bien sur, dans le domaine des croyances qui régissaient certaines pratiques et coutumes , mais qui , dans le cas de l’abeille , lui conféraient un statut particulier attesté d’ailleurs par un autre rite en usage dans de nombreuses provinces et qui consistait , lors du décés du propriétaire , à garnir la ruche-mère d’un crèpe noir en signe de deuil
Bien d’autres rites étaient scrupuleusement respectés dans les temps anciens . Par exemple , le jour de la SAINT BENOIT considéré comme étant le protecteur des biens et produits de la terre , une coutume est rapportée sur les communes du Rozier et de La Parade qui consistait à préparer un repas de fète que partageait toute la famille après qu’une part en eut été réservée au bétail et qu’une autre soit offerte à la terre , dissimulée sous des pierres , dans les champs dont on voulait protéger les récoltes à venir . Bien d’autres croyances , aux quelles nous consacrerons un chapitre spécifique, étaient ancréés dans les esprits , survivances d’un lointain passé ou , diraient certains , le peuple était agreste et sans culture , et Dieu , un inconnu .
LES PERCEPTEURS DE CES REDEVANCES :
Ils n’appartenaient pas , contrairement à ce que l’on pourrait croire à une classe sociale distincte
Les fermiers des dimes ou leurs sous-rentiers pouvaient exercer des professions très diverses et qui n’avaient parfois que peu ou pas de rapport avec la terre ; ainsi il n’est pas rare de trouver parmi eux : un boucher , un ferrailleur , un cordonnier … ou par exemple un praticien qui était en quelque sorte un conseiller juridique
En somme la priorité était d’avoir de l’argent à une époque ou il était rare et de s’en procurer toujours davantage ; les fermages de dimes , et également de cens ou de taille , semblent avoir été essentiellement à l’origine de l’enrichissement de citoyens qui étaient certes des marchands au sens large , mais que nous qualifierions de nos jours de gens excerçant une activité dans les affaires, au sens générique du terme .
Quelques années plus tard on verra meme que les “percepteurs de dimes ou de censives ” ne se limiteront pas de les prendre “à bail ” pour un temps donné et convenu par avance , mais parviendront à les racheter aux seigneurs auxquels elles étaient dues .
Certains seigneurs faisant preuve de négligence dans la perception des droits qui leur étaient dus, aussi les paysans vont se tourner vers des financiers désireux de faire fructifier leur argent .